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DES PARATONNERRES RADIOACTIFS

A VILLEJUIF ?

 

 

 

Qu’est-ce qu’un paratonnerre ?

 

Le paratonnerre protège les bâtiments des effets destructeurs de la foudre en drainant son énergie vers la terre. Ce dispositif a été inventé en 1752 par Benjamin Franklin.

 

Pourquoi des paratonnerres radioactifs ?

 

Au début du XXè siècle, la radioactivité venait d’être découverte, et on pensait que ce phénomène serait utile dans de nombreux domaines. C’est l’époque où les femmes portaient des pendentifs au radium en sautoir, se maquillaient avec de la crème au radium, et où l’eau minérale Plancoët se vendait avec la publicité : « l’eau la plus radioactive de France ! »

 

D’après l’idée du physicien hongrois Léo Szilard, datant de 1 914, on a pensé que les paratonnerres seraient plus efficaces si l’air qui environne leur pointe était fortement ionisé. La technique d’ionisation sensée augmenter la conductivité électrique de l’air consista, à partir de 1 932, à annexer aux paratonnerres des éléments radioactifs, ce qui les a fait appeler « parads ». On a notamment utilisé le radium 226, et, à partir des années 1970, l’américium 241. Mais leur efficacité n’a jamais été démontrée !

 

Les dangers de ces appareils.


Ce n’est qu’au cours des années 1980 que l’on admit la dangerosité de ce procédé. Les radionucléides qu’ils contiennent sont cancérigènes et mutagènes. La période du radium 226, par exemple, est de 1602 ans. C’est le temps nécessaire pour que sa radioactivité diminue de moitié. Celle de l’américium 241 est de 433 ans. Que ces paratonnerres soient démontés, manipulés et entreposés 50 ou 100 ans après leur fabrication, leur radioactivité est encore aussi dangereuse qu’au jour de leur fabrication !


En fait, cela peut même être plus dangereux. En effet, l’action au cours des ans de la pluie, de la grêle, du vent, et éventuellement de la foudre, a pu dégrader l’enveloppe de la source radioactive, ce qui peut conduire à une dissémination de la radioactivité dans l’environnement, et en particulier envers ceux qui se trouvent à proximité, ou qui les manipulent.


Ces radioéléments se nichent à peu près partout : sur des clochers, des immeubles privatifs ou collectifs, des installations agricoles, des bâtiments administratifs et de service public, des cheminées d’usines, on en trouve aussi sur des hôpitaux, des crèches et des écoles, des maisons de retraite, des châteaux d’eau ou encore en déchetteries, dans la nature, ou en vente sur le site « le bon coin » comme objet décoratif chez des particuliers !

 

Et la législation ?


La fabrication de ces «parads» est interdite depuis le 1er janvier 1987.

 

25 ans plus tard, soit à la date très récente du 1er janvier 2012, leur dépose est obligatoire. C’est l’article 23 de l’arrêté du 4 octobre 2 010 qui impose cette date butoir, mais uniquement aux installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) soumises à autorisation : « les paratonnerres à source radioactive doivent être déposés avant le 1er janvier 2012 et remis à la filière de traitement des déchets radioactifs ».

 

Nous constatons que le libellé de cet arrêté réduit donc considérablement la perspective de se débarrasser des parads implantés dans notre pays.

 

Combien et où sont les paratonnerres radioactifs sur le territoire français ?

 

Il existe un site riche d’informations sur la question du recensement : l’INAPARAD (Inventaire National des Paratonnerres Radioactifs). L’INAPARAD est né à la suite de l’accident d’AZF. Un journaliste, Jean-Christian Tirat,  s’intéresse à ces paratonnerres et décide de faire un travail de recensement avec l’aide de bénévoles, puisque ces appareils radioactifs sont dispersés aux quatre coins du territoire. Dans la mesure du possible, il effectue aussi le contrôle visuel de leur état de conservation.  Lactivité de l’INAPARAD a démarré le 15 décembre 2010 et l’Inventaire a débuté le 11 mars 2011. Le site comporte une carte localisant ceux déjà repérés en Ile-de-France (plus de 1 000 parads).

 

Cet inventaire est une initiative privée soutenant du même coup la mission des organismes en charge du suivi des déchets radioactifs : l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), le gendarme, et l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets RAdioactifs (ANDRA), l’éboueur, qui, par réciprocité, épaulent la démarche et la conseillent. Actuellement, il resterait encore 40 000 parads dans l’hexagone, certains ayant près de 80 ans. Mais leur nombre et leur emplacement restent encore méconnus. Certains parlent de 60 000 !

 

Sur le site de l’ANDRA, on lit qu’un arrêté ministériel devrait fixer prochainement un programme de dépose organisée de ces 40.000 parads, à commencer par les plus endommagés….

 

La collecte et le traitement de ces déchets.


Comme dans le cas d’autres déchets toxiques, nous constatons les failles de ce processus.

 

En 2008, l'ANDRA lançait une recherche de site susceptible d’accueillir un centre de stockage pour les déchets de graphite et les déchets radifères (déchets de faible activité à vie longue – FA-VL) et aussi pour les paratonnerres, mais la procédure de recherche de site a été interrompue car les communes candidates se sont retirées du projet durant l’été 2009…

 

En attendant, l'ANDRA collecte 500 à 600 têtes de paratonnerres par an, direction le centre CEA de Cadarache pour y être compactées et conditionnées en fûts et entreposées sur le site de AREVA-Socatri à Bollène.

 

Mais depuis l'automne 2012, L’ANDRA se félicite d’avoir inauguré le nouveau centre Cires (situé dans l’Aube, 46 hectares)  qui est autorisé à stocker des déchets de très faible activité, à regrouper des déchets radioactifs non électronucléaires et à entreposer certains de ces déchets qui n'ont pas encore de solution de gestion définitive. 

 

 

Les ICPE classées par autorisation à Villejuif.


Octobre 2011 : nous cherchons à connaître les ICPE de Villejuif  soumises à autorisation qui auraient pu posséder de tels paratonnerres et si, le cas échéant, elles avaient respecté l’obligation de dépose, quelques 2 mois avant son échéance. Nous contactons la préfecture de Créteil où le service concerné ignore tout de l’existence de ces engins et des textes y afférents…

 

Nous sommes dirigés vers la DRIEE (Direction Régionale et Interdépartementale de l’Environnement et de l’Energie, qui est le pôle technique, tandis que la préfecture est le versant administratif). Les démarches et les échanges sont longs et le chemin sinueux, puisque notre interlocuteur incontournable est la préfecture, qui, elle, contacte la DRIEE, réceptionne sa réponse et enfin rédige à notre intention un courrier selon les indications de la DRIEE

 

C’est seulement en mai 2 012 que nous recevons un courrier nous informant que « la commune de Villejuif ne comprend plus que 2 ICPE soumises à autorisation, les sociétés Billon et Debus, et qu’après contrôle, les services techniques des installations classées ont constaté qu’elles n’avaient pas de paratonnerre…. »

 

L’affaire paraît close, mais nous sommes très surpris. En effet, le site de la préfecture mentionnait 6 ICPE classées par autorisation : EDF, Hanier-Plaisance, l’INSERM, l’IGR, Georges Mamann et Frenard, En revanche, l’entreprise Billon ne relèverait que du régime de déclaration.

 

Aussi nous leur écrivons à nouveau, en juin, pour avoir des explications concernant au moins 4 d’entre elles, puisque EDF et Hanier-Plaisance ont, à notre connaissance, cessé leur activité. Leur réponse se fait attendre et n’arrive qu’après l’été, le 28 septembre. L’explication est simple : l’INSERM et l’IGR ne sont plus soumis qu’à déclaration et les 4 autres ne sont plus classées.

 

Comment se fait-il que l’INSERM et l’IGR  passent  du régime plus contraignant de l’autorisation au régime de la simple déclaration ? Nous téléphonons à notre contact de la préfecture, le service de l’environnement. Nous apprenons que les radioéléments présents à l’INSERM ne sont plus du ressort des installations à autorisation, que les irradiateurs sont en cours de recalibration… Mais surtout, nous entendons que les nomenclatures ont changé, point.


Depuis notre intervention, la liste présente sur le site de la préfecture a été mise à jour.

 

Notre travail de recensement.

 

Notre enquête est-elle terminée ? Nous persistons tout de même, dans les pas de l’INAPARAD, en commençant un travail de repérage et de photographie des paratonnerres qui nous semblent suspects. Et nous en trouvons rapidement quelques-uns.

 

La stratégie que nous adoptons consiste à informer du problème, à mentionner qu’il n’y a aucun caractère obligatoire sur le plan réglementaire, que nous ne pouvons être certains du caractère radioactif des appareils, mais qu’il existe des risques, et que nous sommes prêts à en discuter.


Nous avons repéré sur les bâtiments de l’hôpital Paul Brousse 2 paratonnerres qui ont tout l’aspect des  parads. Nous avons donc écrit à la directrice de l’hôpital. Notre premier courrier date d’octobre 2 012. Sans réponse, nous téléphonons mais ne parvenons pas à parler à une personne avec qui nous entretenir valablement (on vous rappellera !). Un second courrier part en décembre, rappelant le premier, mais n’aura pas davantage de suite. Nous nous tournons alors vers le Conseiller Général qui siégeait au Conseil d’Administration de l’hôpital, du temps où la loi imposait cet organisme. Celui-ci nous promet d’intervenir, et nous propose d’envoyer également copie de notre courrier à la mairie, ce que nous faisons. Le Conseiller Général téléphone, la mairie écrit, et nous avons une réponse, non de l’hôpital lui-même, mais du département travaux/maintenance/sécurité de la direction régionale. La réponse est claire : « l’hôpital a d’ores et déjà initié des démarches pour l’enlèvement selon les règles de l’art des paratonnerres les plus anciens et leur retraitement. » Rien  ne nous interdit de penser que c’est notre démarche qui est à l’origine de ce résultat. Nous remarquons cependant comment en termes délicats est caché le caractère radioactif de ces appareils. Car si là n’était pas le problème, pourquoi procéder à leur enlèvement ? Grâce à l’INAPARAD, nous identifions un troisième parad sur un bâtiment de l’hôpital. Nous téléphonons au technicien signataire du courrier, lui indiquons l’emplacement, le nom, et la nature du matériau radioactif de chacun de ces trois appareils. Il nous répond qu’est envisagé le retrait d’un seul d’entre eux, dans la mesure où n’existe pas de budget pour le retrait des trois. En janvier 2 015, nous apprenons que ce parad, qui se trouvait sur le bâtiment Siguier, a été déposé en septembre 2 014, et nous obtenons copie, par l'intermédiaire des services municipaux, des documents prouvant le retrait dans le respect de la réglementation. 

 

Sur un bâtiment du CNRS également, nous découvrons un parad. Nous écrivons en novembre, puis, après un délai raisonnable, nous décidons de nous rendre sur place. Impossible de dépasser le stade de la loge du gardien. Tout juste nous a-t-on passé un « technicien » au téléphone, mais il ignorait qu’il y avait un paratonnerre sur son toit. De là à parler de l’éventualité de sa radioactivité… Bien sûr, il prend nos coordonnées (on vous rappellera !), mais aucune suite. Nous avons donc téléphoné au responsable du service Hygiène à la Direction Régionale du CNRS, à Thiais. Celui-ci nous a dit qu’il allait se renseigner, et nous faire un courrier pour nous indiquer la suite qu’il entend y donner. Après une attente d’un délai raisonnable, et en l’absence de courrier, nous lui téléphonons de nouveau, pour apprendre qu’il s’est renseigné, qu’il n’y a pas de paratonnerre sur le toit de leur bâtiment, que nous confondons avec une antenne-relais de téléphonie mobile, et que donc il ne fera rien. Nous tentons de lui expliquer que nous sommes capables de faire la différence entre ces deux types d’appareils, que nous lui proposons de nous rencontrer sur place à sa convenance, mais il refuse. Nous avons donc décidé de nous tourner vers l’INAPARAD. Dès que nous avons contacté son responsable, celui-ci a téléphoné au responsable du service Hygiène du CNRS. Pour s’entendre dire que l’appareil avait été identifié, et qu’il avait contacté l’ANDRA pour procéder à son enlèvement le plus vite possible ! En l’espace de quelques jours, l’appareil que nous confondions avec une antenne-relais s’est transformé en parad ! Selon que vous serez Agir à Villejuif ou INAPARAD… En septembre 2 013, nous constatons sa disparition, et recevons, en décembre de cette même année, toujours par l'intermédiaire des services municipaux, copie des documents relatifs à l'enlèvement. Ni les services hospitaliers, ni le CNRS, ne s'abaissent à écrire à l'association qui est à l'origine de l'alerte !

 

Nous repérons un parad sur le bâtiment du Centre Paul et Liliane Guinot (pour aveugles et mal-voyants). Nous rentrons alerter le responsable, qui nous demande des explications, notamment sur les dangers de cet appareil, nous dit qu’il va se renseigner et nous recontactera pour nous dire ce qu’il entend faire. Nous déposons ensuite un courrier de confirmation, mais n'aurons jamais de retour. Nous apprenons par les services municipaux qu'ils jugent l'enlèvement trop cher pour eux. 


Nous découvrons en avril 2 014 un 6è parad sur la tour de la caserne des sapeurs-pompiers. Une visite nous permet de dialoguer avec l'adjudant, qui dit avoir été informé qu'il ne s'agissait pas d'un appareil radioactif, mais qu'il va se renseigner. Pour notre part, nous identifions un Franklin Saint-Elme à l'américium 241. L'INAPARAD confirme notre diagnostic. Nous envoyons également un courrier de confirmation, mais n'aurons jamais de retour. L'armée ne cause pas aux associations !

En novembre 2016 nous constatons visuellement le remplacement de ce paratonnerre. Nous contactons le service municipal qui nous renvoie vers l’INAPARAD. Effectivement, nous apprenons sur leur site que le parad a été enlevé un an plus tôt par la société Energie Foudre, filiale du groupe Franklin France. Personne, en particulier les pompiers, n’avaient songé à en informer l’association à l’origine de l’alerte !


Un 7 ème parad est découvert en juillet 2 014 sur l'ancienne caserne de la police nationale rue Auguste Delaune.  Nous diagnostiquons un modèle Parasphère de la société Duval-Messien, contenant une source de radium 226. Le bâtiment, inoccupé et en attente de rénovation, est propriété de la Régie Immobilière de la Ville de Paris. Nous la contactons, pour apprendre que ce bâtiment est géré par leur sous-traitant (on dit "mandataire"), la société Le Richemont. Nous contactons les responsables de cette dernière, qui prennent au sérieux notre alerte, préviennent leur sous-traitant à eux, pour faire procéder à la dépose dans les règles. Nous constatons ensuite sa disparition, et recevons en avril 2 015 de la société Le Richemont  un courrier nous informant de la dépose, et nous donnant copie du document justificatif. Pour la première fois, des responsables prennent en compte notre implication, et nous rendent compte. Nous les avons remercié.

Dans chacun des 4 cas de dépose, les courriers du maire (d'abord Madame CORDILLOT, puis Monsieur LE BOHELLEC) adressés aux organismes concernés ont renforcé notre action et ont contribué à cette issue positive. Nous avons à chaque occasion remercié le maire à l'origine de la démarche. Nous apprécions d'autant celle-ci qu'elle nous permet de constater que, toutes tendances politiques confondues, nos élus ont à coeur d'apporter leur pierre à la disparition de cette source de risque technologique, et que notre action est considérée comme sérieuse et positive, dans le sens de l'intérêt de la santé des villejuifoises et des villejuifois, ainsi que de la préservation de notre environnement.

 

L’idéal pour boucler ce dossier serait de terminer le recensement exhaustif de tout ce que notre Commune compte de paratonnerres. Il nous reste, à l’heure où nous écrivons, un tiers de la commune à prospecter. Nous attendons pour cela la collaboration des adhérents de l’association, et, pourquoi pas, une collaboration plus large. Proposez vos services !

 

 

 

7è version, décembre 2016

 


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