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FAUT-IL ARRETER DE RESPIRER ?


QUALITE DE L'AIR :

QUELLE POLLUTION ?

QUELLE ACTION,

INDIVIDUELLE ET COLLECTIVE ?



Ce document de synthèse est articulé sur le résumé du livre « Notre air est-il respirable ? » de Lise Loumé et Francelyne Marano (éditions Quae). C'est cette dernière, bien connue des adhérents de notre association puisqu'elle a présenté la conférence de 2018 sur les nanoparticules et les nanotechnologies, qui en a assuré la coordination scientifique. Ce document intègre de nombreux apports scientifiques et journalistiques, en particulier les articles du magazine La Recherche, du quotidien Le Monde, le documentaire « Putains de camions, les poids-lourds en question » de Jens Niehuss, diffusé sur Arte, les apports de sites web, dont ceux d'AIRPARIF, de France Nature Environnement (dont nous sommes membres), du Collectif 3R (dont nous sommes membres également), de la Métropole du Grand Paris, de l'association RESPIRE, et bien sûr les résultats de notre propre travail associatif.


  1. Pourquoi en parler ?


La pollution de l'air est la troisième cause de mortalité anticipée en France, derrière le tabac et l'alcool. Mais elle ne concerne pas que ceux qui fument ou boivent, et leurs proches, mais tous ceux qui respirent, c'est-à-dire tout le monde. L'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, la considère comme le principal risque environnemental pour la santé sur notre planète.


Les pics de pollution sont trompeurs, puisque à Paris, entre 2007 et 2010, 7% des décès et des hospitalisations cardiaques liés à la pollution de l'air sont attribués aux pics, contre 93% à la pollution chronique.


Les chiffres des décès prématurés sont affolants. Le documentaire « Putains de camions » indiquait que le dioxyde d'azote (NO2) amènerait 75 000 décès par an en Europe, et l'ensemble NO2 et particules fines 375 000. Mais le magazine La Recherche fait état d'une étude de J. Lelieveld et d'autres chercheurs, de 2019, selon laquelle il conviendrait de doubler ces chiffres : près de 8 800 000 morts prématurées par an dans le monde, 800 000 en Europe ! En France, ce serait de l'ordre de 67 000 morts par an. Dans la métropole du Grand-Paris, 6 600. Ce qui fait encore de l'ordre de 1 000 dans le territoire T12, Grand-Orly-Seine-Bièvre. Nous n'avons pas de statistiques suffisamment affinées pour Villejuif, mais nous savons que sa population est environ le dixième de celle du territoire...


Au-delà de ces chiffres morbides, il faut savoir que le Sénat estime le coût de la pollution de l'air à cent millions € en 2015, et ceci rien que sur le plan sanitaire.


  1. De quels polluants est-il question ?


Il s'agit des PM10 et des PM2,5. PM est le sigle anglais pour particulate matter, ce que l'on appelle plus simplement en français particules. 10 et 2,5 font référence à leur diamètre : les PM2,5 sont les particules dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres (µm), on dit aussi microns, c'est-à-dire des millionièmes de mètre, ou des millièmes de millimètre. Pour les matheux : 1µm = 10-6m. Les PM10 sont celles dont le diamètre est inférieur à 10 µm, donc jusqu'à 4 fois plus grosses que les précédentes. Les PM10 sont appelées particules fines, les PM2,5 les particules ultrafines. Ces dernières sont suffisamment fines pour ne pas retomber immédiatement sous l'effet de la pesanteur, mais dans des zones très éloignées de leur point de départ. Les PM2,5 sont donc un sous-ensemble des PM10.

Il paraît utile de visualiser la taille des objets dont nous parlons. Un petit dessin va nous y aider. Vous le trouverez en page 4 de ce document de l'ANSES. Le tronc d'arbre au centre, c'est un cheveu. Du côté droit sont déposées des particules fines. Et dans l'encadré, on voit des particules ultra-fines à côté d'une particule fine.

On trouve également les nanoparticules, de taille comprise entre 1 et 100 nanomètres (nm), c'est-à-dire de milliardièmes de mètres, ou des millièmes de micromètres. Pour les matheux : 1nm = 10-9m. Ces particules sont suffisamment fines pour passer toutes les barrières des organismes vivants. Pour en savoir plus sur ces nanoparticules, nous renvoyons le lecteur à notre conférence-débat et à notre document de synthèse sur ce thème.


On en parle en utilisant la formule générale NOx. Il s'agit de molécules qui contiennent de l'azote (N) et de l'oxygène (O). S'il y a 1 atome d'oxygène dans la molécule, il s'agit de NO1, que l'on note plus simplement NO, le monoxyde d'azote. S'il y a 2 atomes d'oxygène, c'est NO2, le dioxyde d'azote. C'est suite à la tricherie de constructeurs automobiles concernant les émissions de dioxyde d'azote qu'est apparu le fameux « dieselgate », le scandale des moteurs truqués.


Les COV forment une grande famille dans laquelle on trouve par exemple le benzène (C6H6), qui a remplacé le plomb dans l'essence pour éviter les explosions, le benzo-pyrène, l'acétone, le perchloréthylène (contre lequel nous avons milité pour l'éliminer des pressings plus vite que le rythme réglementaire), les terpènes (C5H8), des solvants, le monoxyde de carbone (CO), le dioxyde de soufre (SO2).


Il s'agit en particulier du plomb, du cadmium, du nickel, de l'arsenic, du mercure, du cuivre.


Il s'agit des suies résultant de la combustion du charbon, et de composés contenant du carbone : bois et hydrocarbures.


Ce sont des particules produites par réaction chimique entre des polluants déjà présents. Les deux principaux sont le sulfate d'ammonium, né de la réaction entre le dioxyde de soufre et l'ammoniac, et le nitrate d'ammonium, né de la réaction entre les oxydes d'azote et l'ammoniac. Rappelons que l'ammoniac est l'un des composants des engrais chimiques dispersés dans les champs, et que l'on retrouve dans l'air des villes. On y trouve aussi l'ozone. De formule O3, ce sont des molécules formées de 3 atomes d'oxygène qui se forment dans la stratosphère à partir des molécules O2, et qui nous protègent de la plus grande partie des rayons ultra-violets du soleil. Mais au niveau de la basse atmosphère (la troposphère), il se forme par réaction chimique entre l'oxygène, les oxydes d'azote et d'autres polluants comme les composés organiques volatils (les COV) grâce à l'action des rayons solaires et d'une forte température.


Les insecticides, fongicides et herbicides sont disséminés par le vent. Et même des insecticides interdits depuis longtemps (par exemple le lindane, interdit en France depuis 1998), stockés dans le sol, peuvent se retrouver dans l'air par volatilisation.


Elles sont issues de l'incinération des déchets ménagers, et aussi de l'industrie sidérurgique et métallurgique. .


  1. D'où proviennent ces polluants ?


Les origines sont très variées :








Un petit tableau donne, pour certains de ces polluants, une répartition entre différentes sources :







Secteur résidentiel et secteur tertiaire

Industrie

Transport

Agriculture

PM10

32,00%

26,00%

14,00%

28,00%

PM2,5

49,00%

21,00%

18,00%

12,00%

Dioxyde d'azote



61,00%


Dioxyde de soufre


83,00%



benzène

58,00%


26,00%


Monoxyde de carbone

44,00%

35,00%




Mais cela, c'est pour l'ensemble de la France. Pour l’Île-de-France, les transports sont responsables de 35% des émissions de PM2,5, et, à Paris, c'est 58%.


  1. Quels sont leurs effets sur notre santé ?


Certains gaz, comme le dioxyde de soufre, sont très solubles dans l'eau. Ils sont piégés dans le mucus des fosses nasales et du pharynx.


Les plus grosses particules, les PM10, sont piégées dans les bronches et sont éliminées grâce aux cils qui se trouvent le long de la paroi. Cependant, ce mécanisme n'est pas assez efficace chez les patients atteints de maladies respiratoires, asthme ou bronchite chronique. Ces particules peuvent alors aggraver la pathologie existante.


Les gaz peu solubles dans l'eau, comme l'ozone et le dioxyde d'azote, ainsi que les PM2,5, en particulier les suies de carbone et les nanoparticules, peuvent pénétrer jusqu'aux alvéoles pulmonaires. Les cellules du système immunitaires sont efficaces contre les agent pathogènes, mais peu envers les polluants, qui peuvent s'accumuler, et provoquer l'inflammation des cellules pulmonaires.


Les particules ultrafines peuvent passer la barrière pulmonaire, et se retrouver dans d'autres organes, ce qui peut provoquer des pathologies cardiovasculaires, des dommages au foie ou au cerveau.


Si plusieurs polluants pénètrent en même temps dans l'organisme, leur interaction peut provoquer un effet cocktail beaucoup plus difficile à étudier que celui d'un polluant à la fois. Mais il semble bien que les effets, au lieu de s'additionner, se multiplient.


Le résultat, c'est l'envie fréquente de se moucher, l'essoufflement, la toux, l'irritation des yeux, mais aussi l'aggravation, si ce n'est l'apparition, de pathologies déjà présentes comme la grippe, la pneumonie, l'asthme, la bronchopneumopathie chronique obstructive, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques. Sont augmentés les risques de troubles cardiovasculaires conduisant à un infarctus ou à un accident vasculaire cérébral (AVC).


Plus grave, ce sont les substances cancérigènes. En fait, beaucoup des polluants le sont, notamment les dioxines, les pesticides, la suie de carbone ou les métaux lourds.


Même l'ADN de nos cellules est touché, modifiant par exemple les gênes suppresseurs de tumeurs. Mais on suspecte également très fortement la pollution de l'air de jouer un rôle dans la baisse de la fertilité, les risques d'obésité et de diabète, les retards de développement mental, ainsi que dans les troubles du sommeil. Rien que ça !


Les enfants, qui respirent à une fréquence plus élevée que les adultes, et dont l'organisme est encore en construction, font partie des populations à risque accru, comme les femmes enceintes, les malades et les personnes âgées.


  1. Comment s'informer ?


Le ministère de l'Environnement a chargé le Laboratoire Central de Surveillance de la Qualité de l'Air d'assurer la coordination technique d'un dispositif formé d'une association par région, créée par les Conseils Régionaux, comme AIRPARIF en Île-de-France. Ces associations sont réunies dans la fédération Atmo France. Bien sûr, il s'agit d'organismes qui ont peu à voir avec les associations régies par la loi de 1901, comme la nôtre : on n'adhère pas à AIRPARIF !


Cet organisme procède à des mesures en continu des PM10 et des PM2,5, de l'ozone, du dioxyde d'azote et du dioxyde de sodium. Il informe au jour-le-jour la population sur la qualité de l'air ambiant en publiant sur son site web l'indice Atmo du jour. Cet indice varie de 1 (très bon) à 10 (très mauvais). L'indice Atmo est formé de 4 sous-indices, variant également de 1 à 10, chacun représentatif d'un polluant : PM10, ozone, dioxyde d'azote et dioxyde de soufre. Le sous-indice le plus élevé des quatre sera l'indice Atmo du jour. L'organisme donne également la valeur de l'indice européen Citeair, qui varie de 0 (très faible) à 100 (très élevé). Il indique quel est le principal polluant présent dans l'atmosphère le jour considéré, et donne des niveaux maximum pour 3 polluants : l'ozone, le dioxyde d'azote et les PM10.


AIRPARIF alerte les médias en cas de pic de pollution, c'est-à-dire de dépassement des normes réglementaires. Si le dépassement persiste plusieurs jours, la préfecture de Région peut activer le dispositif « vigilance pollution » en instaurant des limitations de vitesse pour les véhicules, ou en introduisant la circulation alternée, ou maintenant différentiée. On distingue le seuil d'information, si la concentration d'un ou plusieurs polluants présente un risque pour les populations sensibles (enfants, personnes âgées, femmes enceintes, asthmatiques...) et le seuil d'alerte si l'exposition présente un risque pour la santé de l'ensemble de la population.


Mentionnons le site airducation, qui propose des petites formations accessibles à toutes et tous, et gratuites, sur tous les aspects de ce dossier. Il est réalisé en partenariat entre l'université de Créteil et Airparif.


Il existe aussi des applications pour téléphone mobile, comme Atmo France ou Itiner'air.


Grâce à l'appareil que nous avons acheté, l'association Agir à Villejuif peut effectuer des mesures en divers endroits de la ville et informer ses adhérents. Nous n'avons accès qu'à la mesure des PM2,5, mais remarquons que c'est la plus utile, puisque ce sont les particules les plus fines, donc qui pénètrent le plus profondément dans les poumons.


  1. Quel est l'état de la réglementation ?


Les critères nationaux de qualité de l'air sont définis dans le Code de l'Environnement, aux articles R221-1 à R221-3.


La stratégie européenne est définie par les directives 2004/107/CE et 2008/50/CE.


Les valeurs-guide de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) se trouvent dans « Lignes directrices OMS relatives à la qualité de l'air – Synthèse de l'évaluation des risques – Mise à jour mondiale 2005 ».


Voici ces valeurs présentées dans un tableau comparatif.






polluants

France

Europe

OMS

Dioxyde d'azote

Moyenne annuelle : 40µg/m3

moyenne horaire : 200µg/m3, à ne pas dépasser plus de 18h par an

Idem France

Idem France

Dioxyde de soufre

Moyenne journalière : 125µg/m3, à ne pas dépasser plus de 3 jours par an

moyenne horaire : 350µg/m3, à ne pas dépasser plus de 24h par an

Idem France

Moyenne sur 10min : 500µg/m3

moyenne par jour : 20µg/m3

plomb

Moyenne annuelle : 0,5µg/m3

Idem France

Idem France

PM10

Moyenne annuelle:40µg/m3

moyenne journalière : 50µg/m3, à ne pas dépasser plus de 35 jours par an

Idem France

Moyenne annuelle : 20µg/m3

moyenne journalière : 50µg/m3, à ne pas dépasser plus de 3 jours par an

Monoxyde de carbone

Maximum journalier de la moyenne sur 8 heures :

10 000µg/m3

Idem France

Moyenne sur 8h :

10 000µg/m3

moyenne sur 1h :

30 000µg/m3

moyenne sur 30min :

60 000µg/m3

moyenne sur 15min :

100 000µg/m3


benzène

Moyenne annuelle : 5µg/m3

Idem France


polluants

France

Europe

OMS

PM2,5

Moyenne annuelle : 25µg/m3

Moyenne annuelle : 25µg/m3 depuis le 01/01/2015

envisagé : 20µg/m3 à partir de 2020

Moyenne annuelle : 10µg/m3

moyenne journalière 25µg/m3, à ne pas dépasser plus de 3 jour par an

ozone



Moyenne sur 8h : 100µg/m3

toluène



Moyenne hebdomadaire :

260µg/m3

xylène



Moyenne journalière :

4 800µg/m3

éthylbenzène



Moyenne annuelle :

22 000µg/m3

Remarquons que la réglementation française suit les directives européennes. Mais c'est avec retard : la directive européenne de 2008 n'a été transposée en droit français qu'en 2017 ! En revanche, elle est loin de certaines recommandations de l'OMS, que ce soit sur le dioxyde de soufre, le monoxyde de carbone ou encore sur les PM10, mais aussi elle ne réglemente pas certains polluants, comme par exemple l'ozone. En effet, le décret de 2003 porte pour ce dernier polluant des objectifs de qualité, mais pas de valeur limite comme pour les autres polluants. C'est sur la base des prévisions d'Airparif, et en référence au seuil d'information-recommandation pour l'ozone, 180 µg/m3, que la préfecture a instauré la circulation différentiée le dimanche 25 août 2019 dans Paris et la proche banlieue. Concernant les PM2,5, si la valeur limite est fixée, il n'y a pas de seuil d'information ni de seuil d'alerte pour ce polluant. D'ailleurs, il n'est pas intégré, comme on l'a vu ci-dessus, dans le calcul de l'indice ATMO. Nous espérons une évolution sur ce plan, les PM2,5 étant plus dangereuses que les PM10 ! 


Attention, précision importante : comme dans d'autres domaines, ces valeurs-limite, seuils d'information ou d'alerte, ne sont en rien des seuils d'innocuité ! Il s'agit des valeurs en deçà desquelles les risques sont considérés comme socialement acceptables par celles et ceux qui les ont adoptées.


En se contentant de transposer les directives européennes en droit français, l’État fait-il ce qu'il faut pour protéger la santé des habitants ? Une récente affaire judiciaire nous donne un élément de réponse. Une mère et sa fille, habitant en banlieue parisienne, ont vu leurs crises d'asthme s'aggraver lors du pic de pollution de décembre 2016. Elles ont poursuivi l’État devant le tribunal administratif de Montreuil par un recours pour « carence fautive ». Décision historique, en date du 25 juin 2019, les juges ont reconnu « la responsabilité de l’État pour carence dans la mise en œuvre du plan de protection de l'atmosphère. L’État a commis une faute du fait de l'insuffisance des mesures prises en matière de qualité de l'air pour remédier au dépassement des valeurs limites de concentration de certains gaz polluants. Cette insuffisance est constitutive d'une carence fautive de l’État en matière de lutte contre la pollution atmosphérique ». 39 dossiers similaires sont en cours d'instruction dans divers autres tribunaux.

En 2018, la France a été renvoyée devant la Cour de Justice de l'Union Européenne pour violations répétées des normes sur la qualité de l'air.


  1. Comment se protéger individuellement ?


Commençons par tordre le cou à une fausse bonne idée : se réfugier chez soi pour fuir la pollution extérieure. D'abord, un logement sain doit être ventilé pour éviter l'humidité, les moisissures. Et la ventilation consiste à faire circuler l'air extérieur... Ensuite, il existe des sources de pollution propres à l'air intérieur. Sources que l'on peut réduire, voire éviter. Vous achetez un meuble neuf ? Vous repeignez une pièce ou vernissez un meuble ? Aérez pendant plusieurs jours pour évacuer les solvants. Il faut savoir que le classement d'un meuble en A+ signifie qu'après déballage, il ne relargue plus de composés organiques volatiles au bout d'un mois ! Réduisez les produits d'entretien contenant des solvants, les huiles essentielles. Préférez-leur les produits naturels : bicarbonate de soude, vinaigre blancs, savon de Marseille, etc. Éliminez complètement les insecticides, les diffuseurs de parfum, l'encens, les appareils « purificateurs » d'air, les spray « assainissants », et bien sûr la fumée de cigarette, fût-elle électronique ! Et, d'une façon générale, lisez les étiquettes, et prenez en compte les labels qui attestent du respect de certaines règles : Ecocert, Nature & Progrès, Ecolabel européen, NF Environnement ameublement, Flamme verte 5 étoiles, etc. Remplacez la cheminée ouverte par un poêle fermé.


Si vous en avez la possibilité, la pratique du vélo ou de la course à pied reste bénéfique, même dans un air pollué. Respectez toutefois les restrictions en cas de dépassement du seuil d'information ou du seuil d'alerte. Évitez de marcher à proximité de routes très fréquentées. En cas de pic de pollution, limitez les sorties en poussette des bébés : à cette hauteur, la pollution est 30% plus importante. Le port de masque s'avère inefficace envers les gaz et les particules fines. Ils sont conçus pour arrêter les grosses particules, issues du ponçage par exemple. Les cosmétiques « anti-pollution » ne sont pas testés scientifiquement ; mais ils contiennent des nanoparticules... En cas d'apparition de gêne respiratoire ou cardiaque, consultez votre médecin.


  1. Qu'en est-il de la pollution de l'air à Villejuif ?


Depuis 2018, la loi impose une surveillance de la qualité de l'air intérieur dans les écoles élémentaires, maternelles et les crèches. En 2020 seront concernés les accueils de loisir, les collèges et lycées, et en 2023 tous les établissements accueillant du public. Nous n'avons pas de résultat par école pour l'air intérieur. Nous pouvons seulement dire que, dans une étude réalisée en 2009, concernant les PM10, dans les écoles de la petite couronne, 23% dépassaient les valeurs réglementaires et 18% dans les crèches.


En revanche, l'association RESPIRE a croisé les mesures effectuées par AIRPARIF avec la liste des crèches et écoles. Il s'agit donc de l'air extérieur. Dans notre ville sont recensés 41 établissements. Voici les résultats pour l'année 2017, la dernière pour laquelle des données sont fournies. Concernant le dioxyde d'azote, 3 établissements sont en dépassement : le multi-accueil LEO avenue de Paris, le collège Barbusse et la halte-garderie Les Esselières boulevard Chastenet de Géry. Pour les PM10, si tous les établissements sont dans les clous de la réglementation, tous dépassent ou atteignent la valeur limite recommandée par l'OMS. Il en est de même pour les PM2,5.

Pour savoir quelles sont les rues les plus polluées dans notre ville, nous avons examiné cette carte figurant sur le site d'AIRPARIF. La légende à droite nous indique qu'il s'agit de la concentration en dioxyde d'azote, et celle-ci est comparée à la norme, la moyenne annuelle de 40 µg/m3. Le parc des Hautes-Bruyères se distingue en bleu pâle, tout le reste de la ville est jaune. Mais ce qui nous intéresse, ce sont les traînées rouges. D'abord, sans surprise, l'autoroute A6b, puis la nationale 7, de plus en plus rouge à mesure que l'on s'approche de Paris, puis la rue de Verdun, la rue Grosmenil et la rue Chastenet de Géry, avec la même gradation de coloration, et enfin les avenues de la République et Paul Vaillant-Couturier, en rouge un peu moins soutenu.

Pour notre part, nous nous sommes dotés d'un appareil qui mesure la concentration en PM2,5 ainsi que le nombre de particules fines par décilitre d'air. Il s'agit d'un appareil de marque Kaiterra, modèle LaserEgg2. Nous avons effectué quelques mesures qui nous donnent des indications sur la pollution de l'air en particules ultra-fines dans notre commune.


Les mesures comparatives effectuées avenue Paul Vaillant-Couturier un jour sans vent et un jour avec vent permettent de vérifier que le vent disperse les particules fines : le nombre de particules fines est 5 fois plus important le jour sans vent.


Mais ce qui va nous intéresser davantage, c'est la concentration en PM2,5, puisqu'elle est réglementée. Nous n'avons pas la possibilité de calculer une moyenne annuelle. Nous ne pouvons que faire état des valeurs maximales relevées en divers endroits, dans diverses conditions météorologiques.


Le 25 juillet, le jour le plus chaud de la canicule, avec une température relevée dans mon jardin de 42,5°, un indice ATMO de 8, j'ai relevé dans le sentier Darwin, donc une voie sans circulation, une concentration de 32 µg/m3 de particules ultrafines. Dans l'avenue Paul Vaillant-Couturier, 38. Rappelons que la norme est de 25 µg/m3.


En revanche, nous n'avons pas décelé de différence entre le haut et le bas de Villejuif. Un jour avec vent modéré, et un indice atmo de 6, la concentration en PM2,5 reste la même depuis le haut de la rue de la Chapelle jusqu'en bas de celle-ci, ainsi qu'en descendant la rue Reulos jusqu'à la N7. Rappelons qu'il s'agit de rues très peu passantes, donc dans lesquelles la circulation n'influe quasiment pas sur ces mesures.


Quelques données qui permettent d'apprécier les sources de pollution dans la rue :

Dans l'avenue Paul Vaillant-Couturier, sur le trottoir devant un café, 4 ou 5 fumeurs alignés : 150 µg/m3. Rue Jean Jaurès, sur le trottoir de droite en allant vers le terminus du métro, alors qu'un véhicule de nettoyage de la voirie, accompagné d'un agent avec une souffleuse, se trouvait sur la contre-allée, 334 au lieu de 16 ! Nous envisageons de nous adresser à la mairie pour suggérer d'explorer des modes de nettoyage alternatifs.

Dans l'avenue Paul Vaillant-Couturier, une concentration de 17, qui peut monter à 27 lors du passage simultané d'un camion et d'un bus.

Les mesures effectuées le samedi 24 août, journée de grands retours, classée rouge par bison futé, ne montrent pas d'augmentation de la concentration en particules ultra-fines le long de l'A6b par rapport aux zones avoisinantes.


Nous nous sommes intéressés également au métro, avec les 3 stations de Villejuif. Nous avons procédé à des mesures le lundi 12 août juste après l'heure de pointe du matin. L'indice ATMO était de 3 ce jour-là. Il s'agissait donc d'un jour d'été au trafic restreint. Sur le quai des 3 stations, nous avons relevé de 8 à 11 µg/m3 selon les moments. Dans les rames, on relève jusqu'à 14 µg/m3. La concentration moyenne avenue Paul Vaillant-Couturier et sur la nationale 7 ne dépassait pas 13 µg/m3. Le 9 septembre, donc un jour de trafic habituel, indice atmo de 3 également, avec une concentration de 17 dans l'avenue Paul Vaillant-Couturier et de 19 sur la N7, nous mesurons jusqu'à 20 sur les quais des stations villejuifoises, et 28 dans les rames. Nous envisageons de nous adresser à la RATP pour savoir s'ils identifient les différentes sources de pollution par les PM2,5 et ce qu'ils font pour améliorer les choses et protéger la santé des voyageurs. Nous rendrons compte aux adhérents des résultats de ces démarches et des mesures ultérieures que nous réaliserons.


  1. Qu'est-ce que la Zone à Faibles Émissions (ZFE) ?


Une ZFE est un dispositif visant à réduire les émissions provenant du trafic routier. Le 8 octobre 2018, l’État a signé avec 15 métropoles, dont la Métropole du Grand Paris, un engagement pour développer de telles ZFE. Le principe est d'encourager la circulation des véhicules les plus propres. La ZFE du Grand Paris, adoptée le 12 novembre 2018, concerne 79 communes situées en tout ou partie à l'intérieur de l'A86, dont, bien sûr, Villejuif. A partir du 1er juillet 2019, sont interdits de circulation entre 8h et 20h les jours de semaine les véhicules dotés d'une vignette Crit'Air 5 (diesel d'avant 2001, essence d'avant 1997), ainsi que ceux ne disposant pas de vignette Crit'Air. Le projet est d'interdire les Crit'Air 4 en juillet 2021, les Crit'Air 3 en juillet 2022, les Crit'Air 2 en juillet 2024. L'objectif en 2030 est l'interdiction des moteurs thermiques, essence et diesel.


Ce sont les maires qui prennent les arrêtés de mise en place de la ZFE. En mars 2019, le maire de Villejuif fait distribuer un 8 pages à tous les habitants dans lequel il indique qu'il ne mettra pas cette mesure en œuvre en l'état, en raison du caractère irréalisable du renouvellement aussi rapide du parc automobile de notre ville : «Je tiens également à rassurer chacun, à Villejuif tout au moins, j'aurai une approche pédagogique le temps nécessaire, pendant lequel il n'y aura pas de sanctions de la part de la police municipale en cas de non-respect des limitations. »


De fait, dans son arrêté du 3 juillet, le maire de Villejuif prend une mesure pour 3 ans, soit de juillet 2019 jusqu'en juillet 2022, interdisant la circulation des Crit'air 5 et des véhicules sans vignette, ce qui correspond à la phase de 2019 à 2021 du plan de la Métropole. Il est donc en retrait par rapport à ce plan. Dans les considérants de l'arrêté, il est bien mentionné qu'il faut une mise en place graduée, sur des plages horaires limitées, permettant une transition progressive, que les investissements nécessaires seraient excessifs par rapport aux objectifs, ou nécessitent un délai. Cet arrêté est consultable sur le site de la ville.
Si les véhicules des particuliers sont bien ciblés, ceux des professionnels connaissent de nombreuses dérogations tout à fait discutables.
A noter, dans VNV de septembre, l'annonce d'une aide financière municipale,pour l'acquisition d'un véhicule propre, dans le cadre de la ZFE. Pour en bénéficier, il faut déjà percevoir l'aide de la Métropole du Grand Paris.
  1. Quelle action collective ?


On l'a vu dans le chapitre sur la protection individuelle, les actions que nous pouvons mettre en œuvre n'interviennent qu'à la marge sur les polluants auxquels nous sommes soumis. Pas de solution importante et durable qui ne soit globale, donc décidée par les politiques qui peuvent prendre ces mesures.


Pour convaincre les politiques de l'urgence des actions à entreprendre, s'il suffisait de leur présenter les études scientifiques et leurs conclusions solidement établies, cela se saurait. Mais il y a auprès d'eux des lobbys très actifs, défendant les intérêts économiques de tel ou tel secteur industriel ou marchand, pour les inciter à ne pas agir, à différer toujours les mesures nécessaires.


Nombre des mesures prises ces dernières années, et qui ont permis une petite diminution de certains polluants, ont été obtenues suite à des mobilisations citoyennes. C'est pourquoi nous avons besoin d'associations fortes, qui mobilisent la population, alertent et avancent les solutions à mettre en œuvre. Il faut développer, voire imposer, le ferroutage. Il faut obtenir la vente de véhicules propres, il faut des infrastructures pour l'échange des batteries des véhicules électriques pour les longues distances, il faut affecter la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques au développement de véhicules propres, pas forcément électriques. Il faut réduire, voire supprimer l'incinération des ordures ménagères, grâce au développement du tri sélectif, notamment des déchets verts, et plus généralement des biodéchets. Il faut donc renforcer ces associations, leur donner le poids leur permettant d'agir plus efficacement.


Au premier rang desquelles votre association environnementaliste locale, Agir à Villejuif. Une quarantaine d'adhérent(e)s dans une ville de 60 000 habitants, c'est mieux que rien, mais il est sûr que l'on peut rassembler davantage. A condition que chacun(e) pense à proposer l'adhésion autour de soi. Il faut aussi saisir toutes les occasions pour faire connaître notre existence et les actions que nous menons au service de la population.


Nous sommes membres de la fédération nationale France Nature Environnement qui propose, entre autres sur ce dossier, des réunions, des pétitions, des rassemblements et des marches. Participons-y dans la mesure de nos possibilités afin de manifester la force de ce mouvement environnementaliste, la volonté de la population de ne pas se soumettre aux lois du marché qui sont si souvent contraires à la préservation de notre santé.


2è version, octobre 2019